Travaux Assemblée Nationale

Vendredi 19 février 2010 5 19 /02 /2010 15:14

Marc Dolez est intervenu, le 18 février à la tribune de l’Assemblée Nationale, pour dénoncer la réforme territoriale voulue par le gouvernement.


Ci-après le texte de son intervention :

Monsieur le président, monsieur le secrétaire d’État, mes chers collègues, le débat sur les collectivités territoriales n’est pas simplement un débat technique qui n’intéresserait ou ne concernerait que les élus, comme on essaie trop souvent de nous le faire croire. Dans la perspective de la réforme territoriale du Gouvernement, nous pensons au contraire qu’il s’agit d’un débat éminemment politique – probablement l’un des plus importants de la législature – dont les enjeux sont d’une exceptionnelle gravité.

Sous couvert de procéder à des allégements, à des clarifications, à des simplifications, votre réforme des collectivités territoriales, monsieur le secrétaire d’État, s’attaque aux fondements mêmes de l’organisation républicaine de notre pays, une organisation héritée de la Révolution française et de notre histoire démocratique. Il s’agit en fait d’une offensive sans précédent contre le système français de protection collective et de solidarité républicaine.

Le Gouvernement invoque régulièrement le millefeuille administratif, présentation inexacte et trompeuse. Dans notre organisation territoriale, qui comporte essentiellement six niveaux – communes, regroupements de communes, départements, régions, nation, Europe – le triptyque communes-départements-État est historique, comme l’a brillamment démontré Anicet Le Pors dans un article paru au mois de décembre dernier : il structure politiquement le pays tandis que le triptyque regroupements de communes-régions-Europe est à dominante économique.

Le politique devrait prévaloir sur l’économique.

Mais c’est le choix inverse qu’ont fait le Président de la République et le Gouvernement. Régions et intercommunalités deviennent, avec votre projet, les échelons privilégiés car ils correspondent le mieux à la vision économique libérale, à une mise en concurrence conforme aux dogmes qui guident l’Union européenne.

L’objectif réel de la réforme, comme l’avoue sans détour Nicolas Sarkozy, est « d’adapter notre territoire aux réalités de la mondialisation et de l’économie contemporaine ».

Pour notre part, nous défendons l’axe communes-départements-État parce qu’il privilégie le rapport de proximité avec les citoyens et la mise en œuvre d’un système de solidarité républicaine et collective au plus près des habitants. Il nous semble toujours le plus adapté aux besoins actuels.

Nous nous opposons totalement à l’objectif de réduire le nombre de communes, lesquelles doivent rester l’échelon de base de l’action publique. Jaurès, qui était aussi un exceptionnel historien de la Révolution française, disait que le principal apport de la Révolution était probablement l’instauration des 44 000 communes démocratiques – il en reste aujourd’hui 36 000 –, instauration qui a « mis en mouvement, en vibration, toutes les cellules, toutes les fibres de l’organisme social ».

Nous sommes pour notre part fermement attachés aux principes constitutionnels de libre administration des communes et de non-tutelle d’une collectivité sur une autre, desquels découle la notion intangible d’intercommunalité de projet. La loi du 12 juillet 1999 l’avait d’ailleurs clairement affirmé : aux termes de l’article L. 5210-1 du code général des collectivités territoriales, les groupements de communes se fondent sur la « libre volonté des communes d’élaborer des projets communs de développement au sein de périmètres de solidarité ».

Ces principes s’opposent à l’intercommunalité forcée que, quoi qu’il en dise, le Gouvernement veut instituer, conformément aux recommandations du rapport Balladur et aux déclarations mêmes du Président de la République, qui, le 20 octobre 2009, affirmait : « Il y a trop de structures communales, il faut supprimer les syndicats inutiles, réduire le nombre de structures ». Si l’objectif est parfaitement clair, la méthode, elle, est plus insidieuse car nos collectivités territoriales ne peuvent être explicitement supprimées d’un trait de plume.

Sous couvert de renforcement et de généralisation des différentes formes d’intercommunalité et d’interterritorialité, c’est en réalité une nouvelle architecture qui se profile. Vont en effet se côtoyer nos collectivités actuelles, appelées à terme à disparaître puisqu’elles seront transformées en coquille vide et seront asphyxiées financièrement, et de nouvelles institutions, plus intégrées, qui seront les futures collectivités. Comment lire autrement la proposition de créer des communes nouvelles, ne regroupant pas moins de 5 000 habitants, ou de créer des métropoles d’au moins 450 000 habitants, qui entraîneront rapidement et immanquablement une profonde déstabilisation des départements ?

Quatre principes au moins nous semblent caractériser cette machine infernale qu’engendreront les différents textes concourant à la réforme territoriale que vous vous apprêtez à déposer :

D’abord, une régression démocratique avec l’affaiblissement de la démocratie locale et l’éloignement des centres de décision ;

Ensuite, une centralisation que je qualifierai volontiers de féodale, symbolisée par les pouvoirs coercitifs donnés aux préfets en matière d’intercommunalité ;

Par ailleurs, la limitation de l’intervention publique sous l’effet conjoint de la suppression de la clause générale de compétence et de l’assèchement des ressources financières des collectivités territoriales, déjà bien entamé avec la suppression de la taxe professionnelle ;

Enfin, une mise en concurrence exacerbée des territoires qui creusera encore un peu plus les inégalités entre eux.

Cet affaiblissement des compétences et de la démocratie locale ne profite pas pour autant aux administrations déconcentrées de l’État, affaiblies elles aussi par la révision générale des politiques publiques, la RGPP, qui entraîne une réduction des effectifs et des moyens. On ne peut pas analyser votre projet de réforme territoriale sans mettre en parallèle la réforme de l’État déjà engagée avec cette RGPP.

Ce double affaiblissement aura notamment pour conséquence de réduire les services publics relevant soit des collectivités territoriales, soit de l’État. Dans le même temps, il ouvre largement le champ au secteur privé pour occuper les espaces abandonnés par la responsabilité publique.

Toutes ces conséquences dessinent ainsi, non une réforme qui servirait l’intérêt général, mais bien ce que d’aucuns appellent, à juste titre, une contre-révolution au service des grandes puissances économiques. Cette réforme, combinée avec la RGPP, porte en germe la remise en cause du principe fondamental d’égalité républicaine : la destruction de l’égalité des citoyens devant l’impôt et les services publics.

Avant de conclure, et après avoir dénoncé ce que je crois être la philosophie de cette réforme territoriale, j’évoquerai plus particulièrement le mode de scrutin que vous avez retenu pour le moment, pour la désignation des conseillers territoriaux.

Il y aurait, à l’évidence, beaucoup de choses à dire sur l’instauration de ces conseillers territoriaux, sur le mode de scrutin utilisé, qui va combiner un scrutin uninominal majoritaire à un tour avec une pincée de proportionnelle, et sur sa constitutionnalité. Je veux mettre en garde le Gouvernement contre cette idée un peu folle qui consiste à introduire dans notre République le mode de scrutin à un tour qui existe par exemple en Grande-Bretagne.

Ce mode de scrutin, totalement inédit et étranger à notre tradition républicaine, risque de menacer sérieusement notre pluralisme politique, le multipartisme qui structure la vie politique française depuis près de deux siècles.

Évidemment, ce mode de scrutin n’est pas dénué d’arrière-pensées électorales à court ou moyen terme pour ceux qui le promeuvent. Au-delà, il tend à imposer dans ce pays qui n’en veut pas le bipartisme et à rayer les petits partis politiques de la carte. Notre démocratie ne peut en sortir qu’en lambeaux. Aussi, je demande au Gouvernement de bien réfléchir avant de persister dans cette voie mortifère pour la démocratie et la République.

Monsieur le secrétaire d’État, vous le savez, les députés du groupe de la Gauche démocrate et républicaine sont résolument opposés à ce projet de réforme territoriale qui touche aux fondements même de nos institutions, de notre démocratie et de la République. Compte tenu de la gravité de ces attaques, de leurs conséquences pour la République et l’ensemble de nos concitoyens, le mieux serait de retirer le projet. Mais comme je n’ai pas le sentiment que ce soit dans vos intentions, je suggère au Gouvernement de réfléchir au fait qu’il n’y a guère que le peuple qui pourrait décider de ces nouvelles orientations.

Monsieur le secrétaire d’État, organisez un référendum sur cette question et donnez la parole au peuple !

 

 

 

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Par Marc DOLEZ - Publié dans : Travaux Assemblée Nationale
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Jeudi 17 décembre 2009 4 17 /12 /2009 15:37

Marc DOLEZ est intervenu à l’Assemblée Nationale, le mercredi 16 Décembre, pour s’opposer au changement de statut de La Poste.

Ci-après le texte de son intervention.

 

Monsieur le président, monsieur le ministre, chers collègues,

 

Début octobre, du plus petit village aux quartiers populaires, dans tout le pays, la participation à la votation citoyenne sur l’avenir de La Poste a été massive.

2 300. 000 votants ont ainsi exprimé leur attachement au plus ancien et au plus emblématique de nos services publics et signifié leur refus d’un changement de statut.

L’ampleur de cette mobilisation, d’ailleurs confortée par toutes les enquêtes d’opinion qui traduisent une opposition résolue à toute privatisation, exigerait que le gouvernement retire son projet ou, sur un sujet aussi décisif, organise un référendum.

Les français devraient en effet pouvoir s’exprimer sur l’un des piliers essentiels de la République.

La Poste appartient à la nation. C’est à la nation de décider.

Le Président de la République et le gouvernement s’y refusent pourtant, probablement par crainte de la réponse que le peuple apporterait.

Dès lors, l’on comprend mieux l’empressement du gouvernement à utiliser la procédure accélérée alors qu’il n’y a manifestement pas d’urgence.

Si l’opposition à ce projet de loi est si forte dans le pays, c’est bien que le changement de statut n’est pas la solution pour assurer l’avenir de La Poste et que nos concitoyens perçoivent parfaitement les conséquences désastreuses qui vont en découler.

La transformation de La Poste en société anonyme n’est justifiée par aucune nécessité économique ou structurelle.

Et, comme vous le savez, pas même la directive européenne du 20 Février 2008, de libéralisation totale des activités postales, n’oblige au changement de statut.

La seule justification du changement de statut est en réalité de préparer une future privatisation.

Ce projet de loi vient en effet parachever le travail de démantèlement, mis sur les rails par la loi de régulation postale de mai 2005 qui a ouvert la porte à une dégradation sans précédent du service postal.

Aujourd’hui vous voulez faire sauter le verrou du statut d’entreprise publique de La Poste, symbole du service public à la française.

Oui, faire sauter ce verrou pour pouvoir ouvrir le capital de La Poste, lors de l’examen d’un texte de loi ultérieur.

Le changement de statut c’est le chemin inéluctable vers la privatisation, l’avènement  des déserts postaux et la disparition du service public.

La société anonyme est, en quelque sorte, le premier des deux étages de la fusée : La privatisation interviendra plus tard mais elle n’en sera pas moins réelle, car ce qu’une loi met en place peut être défait par une autre loi.

Personne n’a oublié le sort de France Télécom ou celui de GDF et les propos définitifs de M. Sarkozy, alors ministre de l’économie et des finances, en avril 2004, je cite :

 

 « qu’est ce qui nous garantit que la loi ne permettra pas de privatiser EDF – GDF plus tard ? Eh bien, la parole de l’Etat : il n’y aura pas de privatisation parce que EDF et GDF sont un service public »,

 

ou encore, je cite toujours :

 

« C’est clair, c’est simple, c’est net, il n’y aura pas de privatisation de GDF ».

 

On connaît la suite.

Le gouvernement emploie aujourd’hui les mêmes mots et en rajoute même.

« Imprivatisable » dites vous, monsieur le ministre, car La Poste est un « service public national », référence au neuvième alinéa du préambule

de la Constitution de 1946 qui dispose que « Tout bien, toute entreprise

dont l’exploitation a ou acquiert les caractères d’un service public national ou d’un monopole de fait doit devenir la propriété de la collectivité. »

Mais, vous le savez bien, cela ne change rien car la jurisprudence visée,  celle du Conseil Constitutionnel dans sa décision du 30 Novembre 2006, n’a pas empêché la privatisation de GDF.

Non, les promesses et discours n’y changeront rien.

 La réalité est que le projet de loi vide le service public national de sa substance, avec le changement de statut mais aussi avec le titre II du projet de loi qui transpose la directive de Février 2008 et met en œuvre l’ouverture totale à la concurrence.

Les effets de cette libéralisation totale seront désastreux, à l’instar des conséquences que nous mesurons déjà des directives du 15 Décembre 1997 et du 10 Juin 2002. Les exemples ne manquent pas  en Europe, comme en

Allemagne, en Suède et en Espagne, ainsi que l’a brillamment souligné mon collègue Daniel Paul, hier dans le débat.

Un rapport de la commission européenne a d’ailleurs reconnu, dès 2006, que, dans les régions isolées, l’accès aux services postaux ne pouvait que pâtir de la mise en œuvre des directives de libéralisation.

L’ouverture à la concurrence va immanquablement provoquer un phénomène d’ « écrémage », le privé ne se développant que pour les zones et clients rentables, autrement dit pour les envois en nombre des entreprises et dans les zones urbaines denses.

A cet égard, je trouve tout à fait significative la stratégie, rendue publique, de la société Alternative Post, cette société basée à Lyon, qui, depuis deux ans, grâce à un tour de passe-passe, distribue du courrier de moins de cinquante grammes, en principe réservé à La Poste, sans d’ailleurs que l’ARCEP lève le petit doigt.

Dans le magazine Lyon Capitale de décembre 2008, la porte-parole de cette entreprise déclare : « Pour s’intéresser aux courriers de grand-mère, il

faudrait avoir le réseau de La Poste et ne pas vouloir faire de bénéfices. Pour choisir les implantations, notre entreprise regarde le nombre d’habitants et la densité. Une boîte aux lettres tous les cinq kilomètres, ça ne nous intéresse pas. »

Tout est dit

Avec le changement de statut de La Poste en société anonyme, avec la logique de rentabilité qui sous-tend de telles structures conçues pour faire des bénéfices et avec à terme sa privatisation, le poids des intérêts privés sera évidemment déterminant dans la gestion de l’entreprise.

La Poste société anonyme devra se soumettre aux exigences de ses actionnaires privés : Les services seront organisés en fonction des intérêts de rentabilité et non pour répondre aux besoins des usagers.

Le statut de société anonyme et la fin du contrôle de l’Etat vont ainsi aggraver une situation d’inégalité qui existe déjà sur le territoire, notamment en termes d’accessibilité. Car le contenu même de l’activité postale varie énormément selon la structure proposée, ne serait-ce qu’en raison du statut des agents ou du commerçant, donc des opérations qu’ils sont en droit de réaliser.

Comment faire croire que la présence postale va se trouver renforcée alors même que le changement de statut va contraindre à une plus grande

rentabilité économique indépendamment de son utilité sociale.

Un bureau de poste n’est pas forcément rentable. Il est avant tout utile.

Avec le seul critère de la rentabilité, ce sont des milliers de bureaux qui seront voués à la disparition.

La présence postale dans les territoires ruraux a, comme beaucoup sur ces bancs pourraient en témoigner, déjà reculé depuis plusieurs années, les obligations de La Poste en termes d’aménagement du territoire ayant été allégés par les lois successives et les contrats de service.

Comment La Poste pourra telle garantir le financement des missions de service public qu’il s’agisse de l’accessibilité bancaire, de la distribution de la presse, du service universel postal et de l’aménagement du territoire.

Aucune garantie n’est donnée quant à un financement suffisant et pérenne.

L’article 2 du texte décline certes les missions de service public à la charge de La Poste et précise que la nouvelle société anonyme contribue, par son réseau de points de contact, à l’aménagement et au développement du territoire. Or, même avec la mention des 17 000 points de contact, à l’article 2 bis, le réseau se situe déjà en dessous des exigences d’un service public de qualité.

Il sera désormais mis en danger par le changement de statut et l’absence de consolidation du fonds postal national de péréquation territoriale.

Je rappelle à ce sujet que, depuis que le processus de libéralisation est entamé, le nombre de bureaux de plein exercice a chuté d’un peu plus de 14 000 en 1999 à 11 400 fin 2008. Parallèlement le nombre d’agences postales communales et de relais poste n’a fait qu’augmenter.

Ainsi, pour ne prendre que l’exemple des lettres recommandées, si le dépôt se fait dans un relais poste, la preuve du dépôt est envoyée sous enveloppe à l’expéditeur par l’établissement de rattachement dont dépend le relais poste. Dans ce cas, la seule date de dépôt faisant foi est celle qui est saisie par l’établissement de rattachement.

L’usager n’est donc pas traité de la même manière selon que les missions de service public sont confiées à un relais poste ou à un bureau de poste.

Le principe constitutionnel d’égalité devant les services publics ne peut pas être conçu comme une idée abstraite : il s’agit des droits de nos concitoyens, de situations concrètes auxquelles sont confrontés plus durement les habitants des zones rurales et des zones urbaines sensibles.

Avec le basculement de La Poste dans le droit commun, les personnels seront également mis à mal.

L’emploi de personnels contractuels, qui était une possibilité, va devenir la règle.

En l’absence de convention collective des activités postales, les opérateurs concurrents risquent de pratiquer une politique de dumping social, dangereuse non seulement pour leurs salariés, mais aussi pour ceux de La Poste.

L’inquiétude et les craintes des personnels sont légitimes, tant chez les salariés de droit privé que chez les fonctionnaires.

Il est vrai qu’avec plus de 50.000 suppressions d’emplois depuis 2002, les postiers ont déjà payé un lourd tribut à la libéralisation des activités postales.

Le changement de statut ne peut qu’aggraver cette situation.

Le récent bilan social fait lui aussi apparaître des éléments extrêmement inquiétants comme, notamment, une progression des licenciements de plus de 50 % entre 2006 et 2008 !

En cas de « dégraissage » plus important, il est probable que les mesures actuelles (non remplacement des départs, et incitation à la démission) ne suffiront plus.

En 2008, le président de La Poste a déclaré qu’il n’y aurait pas de licenciements économiques collectifs jusqu’en 2012, ce qui ne peut que signifier que cela est tout à fait envisageable après.

Si aucun argument solide n’est véritablement avancé pour justifier l’abandon du statut d’EPIC et son basculement vers celui de société anonyme, par contre les conséquences de ce basculement  sont d’ores et déjà identifiables sur le plan social, financier ou le statut des personnels.

Elles se traduiront par une véritable rupture dans l’organisation de notre service public.

A vrai dire, et d’autres l’ont excellemment dit avant moi, ce changement de statut est surtout dogmatique et vous avez décidé d’engager une bataille idéologique.

C’est pourquoi, dans ce débat, vous nous trouvez face à vous.

 

Parce que votre projet est néfaste,

Parce que nous voulons la pérennisation  d’un véritable service postal,

Parce que nous voulons une Poste forte engagée au service du développement de notre pays, dans le cadre d’un pôle financier public, au plus près des territoires,

 

je vous le dis avec conviction, persuadé d’être entendu sur tous les bancs de la gauche :

 

Si à l’issue de nos débats votre projet était malheureusement adopté, un gouvernement de gauche, digne de ce nom, devra rétablir le service public postal.

 

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Par Marc DOLEZ - Publié dans : Travaux Assemblée Nationale
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Vendredi 4 décembre 2009 5 04 /12 /2009 11:00

M. le président. Dans la discussion générale, la parole est à M. Marc Dolez, premier orateur inscrit.


M. Marc Dolez.
Monsieur le président, monsieur le rapporteur, mes chers collègues, notre débat s’inscrit dans un contexte dramatique pour l’ensemble des agriculteurs français et européens. Le revenu agricole net a connu une chute vertigineuse de 20,3 % en 2008. Et encore n’est-ce qu’une moyenne, qui cache des situations individuelles dramatiques. Toutes les filières sont sinistrées. Comme l’a dit notre rapporteur, cette crise sans précédent n’est pas simplement conjoncturelle. Elle est aussi et surtout la traduction de la libéralisation forcenée des échanges agricoles, de l’affaiblissement des politiques agricoles publiques et des outils de gestion des marchés.


C’est ainsi que la crise laitière résulte fondamentalement du démantèlement organisé des quotas laitiers et des mécanismes de protection du marché agricole européen, démantèlement qui s’inscrit dans la politique de libéralisation de l’agriculture, d’ailleurs conforme à l’idéologie de l’actuelle construction européenne, reprise dans le traité de Lisbonne.


L’ensemble des productions agricoles continuent de subir des baisses de prix considérables, consécutives tant à la suppression des actes de régulation européens et nationaux qu’à la liberté accordée, dans la fixation des prix d’achat, à une poignée de centrales d’achat et d’enseignes de la grande distribution. S’il se poursuit, ce démantèlement se traduira par une la saignée aggravée de la population paysanne et par la concentration toujours plus importante de la production au sein de grosses exploitations situées dans les régions les plus compétitives.


Dans ce contexte de crise économique majeure, la proposition de loi visant à instaurer un droit au revenu des agriculteurs, présentée par notre collègue André Chassaigne avec la conviction que nous lui connaissons, a d’abord le grand mérite d’aller à l’essentiel en centrant le débat sur la question des prix d’achat aux producteurs, de la juste rémunération du travail agricole et de la promotion d’une politique européenne régulatrice.


La dégringolade des revenus appelle, en effet, une politique volontariste et responsable.


À crise exceptionnelle, mesures exceptionnelles certainement ! Mais au-delà des mesures d’urgence indispensables, le monde agricole a aussi et surtout besoin de vraies mesures structurelles.

Cette proposition de loi répond à la fois à l’urgence de la situation et aux attentes de la profession, en apportant des solutions pour garantir des prix à la production rémunérateurs et stables par la mise en œuvre d’outils de régulation simples et efficaces, d’ailleurs approuvés par l’ensemble des organisations syndicales.


Si, pour vivre de leur métier, les producteurs de toutes les filières ont besoin de prix rémunérateurs, ils ont aussi besoin – et c’est particulièrement vrai pour les jeunes qui s’installent – d’une visibilité en matière de prix et d’une réelle stabilité.


La maîtrise de l’offre, la garantie des prix, la pérennité des outils de transformation sont aujourd’hui fragilisées, alors que le lien entre production et consommation a besoin d’être renforcé. C’est pourquoi je souhaite insister particulièrement sur la pertinence et le caractère opérationnel du dispositif proposé.


L’observatoire des prix et des marges, qui est aujourd’hui un simple outil statistique, participerait à la transparence des marchés en suivant l’évolution des prix et des marges pratiqués par type de produits au sein des filières agricoles et agro-alimentaires, et deviendrait en outre une vraie force de proposition et d’impulsion des politiques publiques en cas de crise.


La possibilité de proposer l’instauration d’un coefficient multiplicateur entre le prix d’achat et le prix de vente, étendu à l’ensemble des produits agricoles et alimentaires périssables, constituerait un outil très efficace pour éviter les situations dans lesquelles les producteurs sont obligés de travailler à perte.


La définition de prix minima indicatifs par les interprofessions serait un véritable levier pour organiser les relations commerciales au sein de chaque filière. L’interprofession est en effet le lieu où les acteurs des filières peuvent partager les moyens d’observation de la production et des marchés dont ils disposent.


Cette forme de régulation interne aux interprofessions permettrait d’éviter, ou du moins d’amortir, les excès auxquels les fluctuations de prix sur les marchés mondiaux ont pu donner lieu entre 2007 et 2009.


La création d’un prix plancher d’achat aux producteurs complète le dispositif, puisqu’il désigne la limite en deçà de laquelle les acteurs de la filière s’accorderaient à dire que les producteurs ne gagnent plus leur vie.


Le double mécanisme ainsi mis en place permettrait d’agir directement, tant sur les prix, avec le déclenchement du coefficient multiplicateur, que sur les revenus, avec les aides d’urgence débloquées suite à un avis d’alerte économique et sociale en cas de dépassement des prix plancher.


Mais si la juste rémunération du travail agricole nécessite la mise en place de mécanismes de gestion des productions agricoles et d’organisation des marchés, elle implique aussi une harmonisation sociale progressive, par le haut, au sein de l’Union européenne.


Cela suppose donc de rompre avec la logique libérale de dérégulation des marchés et de dumping social au seul bénéfice de la rémunération des capitaux investis dans les filières agro-alimentaires, et notamment des groupes de la grande distribution.


Le second intérêt de la proposition de loi est aussi, par conséquent, de tracer les grandes orientations de ce que devrait être la politique de la France en Europe.


Dans la perspective de la PAC d’après 2013, notre pays doit clairement et concrètement affirmer sa volonté d’une politique agricole commune rénovée en profondeur, efficace, juste, équitable, et obtenir pour cela des mécanismes de régulation des marchés au niveau communautaire.


La mise en place d’un prix minimum indicatif européen permettrait, par exemple, de réduire les cas de distorsion de concurrence qui se multiplient sur le marché intracommunautaire, sachant que ce prix minimum devrait être modulé en fonction des conditions de production.


L’Europe doit se recentrer sur son marché intérieur en le protégeant chaque fois que nécessaire, faire respecter le principe de souveraineté alimentaire, stopper la concentration de la production et la diminution des emplois agricoles, engager, notamment pour répondre à l’urgence écologique, une révolution des modes de production, une relocalisation des productions, et mettre fin au dumping de l’Europe sur les marchés des pays du Sud.


II ne s’agit évidemment pas d’un repli égoïste, mais au contraire de permettre aux autres pays d’exercer leur droit de souveraineté alimentaire et de développer partout, au Nord comme au Sud, une agriculture paysanne et durable.


Pour assurer la sécurité alimentaire, pour préserver la planète, pour dynamiser le monde rural, l’objectif doit être le maintien de tous les paysans dans toutes les régions d’Europe. Il faut produire au plus près des consommateurs afin de réduire les transports et d’améliorer la qualité des produits.


Telles sont, mes chers collègues, les raisons de fond pour lesquelles les députés communistes, républicains et du parti de gauche vous invitent à voter cette proposition de loi, qui vise à exprimer en France comme en Europe une véritable ambition agricole et alimentaire, en rupture avec la logique libérale. Je veux insister plus particulièrement sur ce point à la fin de mon propos. Nous avons, en effet, la conviction qu’il ne peut pas y avoir de régulation – tout le monde en parle et vous aussi, monsieur le ministre, en avez brillamment parlé – sans rupture avec cette logique libérale que nous dénonçons.


Au-delà du constat partagé sur l’ampleur de la crise et des grands discours sur le sujet, avouez que l’adoption de ce texte par notre assemblée serait, aujourd’hui, un signal fort, concret et encourageant pour toute une profession, si indispensable au pays, mais qui a plus que jamais peur du lendemain.


                                                                            (jeudi 3 Décembre 2009, 2ème séance) 

Par Marc DOLEZ - Publié dans : Travaux Assemblée Nationale
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Jeudi 5 novembre 2009 4 05 /11 /2009 14:43

Marc DOLEZ est intervenu à l’Assemblée Nationale sur l’avenir de l’IUFM de Douai, lors de la séance télévisée des questions au gouvernement du mercredi 4 Novembre. (voir site de l’AN, séances des questions au gouvernement en vidéo).

Ci-après le compte-rendu paru au Journal Officiel.

 

M. le président. La parole est à M. Marc Dolez, pour le groupe de la Gauche démocrate et républicaine.

M. Marc Dolez. Madame la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, après-demain vendredi 6 novembre, toutes les forces vives du Douaisis manifesteront ensemble dans leur diversité politique et syndicale pour s’opposer à la suppression de leur IUFM.

La récente et brutale décision de la présidence de l’université d’Artois reviendrait, en effet, au nom de l’autonomie, à rayer de la carte un centre de plus de mille étudiants, au mépris de l’enracinement d’un savoir-faire unanimement reconnu et d’une prestigieuse histoire de 175 ans depuis la création de la première école normale.

C’est une décision lourde de conséquences, tant pour la ville de Douai que pour la qualité de la formation des maîtres dans le Nord-Pas-de-Calais, mais qui pourrait aussi préfigurer la disparition de nombreux autres centres dans le pays.

Cette logique de démantèlement va à l’encontre de l’engagement pourtant très clair que vous avez pris le 4 février dernier dans cet hémicycle, lorsque vous avez déclaré : « Je veux ici rassurer solennellement tous les députés présents : les antennes de proximité des IUFM continueront d’accueillir des étudiants, parce que ceux-ci ont besoin d’une formation au plus près des territoires et au plus près des classes ».

Madame la ministre, quelles initiatives et quelles dispositions comptez-vous prendre pour garantir la pérennité d’un centre de formation des maîtres et d’un pôle universitaire fort à Douai, et, plus, généralement pour maintenir l’irremplaçable potentiel des IUFM en termes de personnels, de moyens et de lieux de formation ? (Applaudissements sur les bancs des groupes SRC et GDR.)

M. le président. La parole est à Mme Valérie Pécresse, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Mme Valérie Pécresse, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche. Monsieur Dolez, depuis la loi Fillon, les IUFM ont été intégrés dans les universités, et cela à la satisfaction générale. (Protestations sur les bancs du groupe GDR et du groupe SRC.)

Aujourd’hui, ils constituent des pôles universitaires de proximité. Au-delà du cas particulier de Douai, vous m’avez interrogé sur leur avenir. Je crois pouvoir m’engager et affirmer que l’avenir de ces pôles universitaires de proximité, qui apportent tellement à nos territoires, est assuré. Il est assuré dans le cadre de la formation des maîtres et de la réforme de cette formation, car les étudiants auront besoin d’avoir une formation continue et des stages gérés au plus près des classes, sur tout le territoire.

L’avenir est assuré aussi dans le cadre de la professionnalisation des cursus que nous souhaitons, à travers des IUT de proximité et des départements de BTS de proximité.

En ce qui concerne le cas particulier de Douai (« Ah ! » sur les bancs du groupe SRC), j’ai demandé au recteur de réunir l’ensemble des universités du Nord-Pas-de-Calais et de discuter avec elles d’un schéma directeur régional de la formation des maîtres dans cette région. Dans ce cadre, nous discuterons avec les élus, les directeurs des antennes de proximité et les présidents des universités.

Pour ce qui est du pôle de Douai, monsieur Dolez, je peux d’ores et déjà vous dire que j’ai obtenu l’engagement du président de l’université d’Artois de maintenir ce pôle, qui apporte tellement à votre territoire et qui apportera tellement à nos étudiants. (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP.)

Par Marc DOLEZ - Publié dans : Travaux Assemblée Nationale
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Mardi 13 octobre 2009 2 13 /10 /2009 10:12

- Assemblée Nationale, deuxième séance du mardi 6 octobre 2009 –

…M. le président. La parole est à M. Marc Dolez, pour le groupe GDR.

M. Marc Dolez.  Notre groupe votera la motion de rejet préalable présenté par notre collègue Jean-Michel Clément. En effet, nous considérons que cette réforme, si elle était appliquée, serait lourde de conséquences aussi bien pour le justiciable et le fonctionnement de la justice, que sur le plan financier et social.

À vrai dire, madame la ministre, nous considérons que cette réforme n’est pas opportune. Aucune des raisons que vous avez avancées ne justifie la suppression de la profession d’avoué. Monsieur Bockel, cette suppression ne répond pas à une exigence européenne. À supposer que la directive « services » soit applicable – la question mérite un véritable débat mais, pour ma part, je considère qu’elle ne l’est pas –, elle ne remettrait pas en cause l’existence de la profession. Elle nous obligerait seulement à prévoir des aménagements aux conditions d’accès à celle-ci. J’en veux pour preuve que l’Espagne et le Portugal, où existent des professions comparables à celle de nos avoués, ne se sont nullement engagés sur la voie de leur suppression.

Par ailleurs, je constate que le projet de loi ne remet pas en cause la postulation, ce qui est heureux, alors qu’il supprime la profession d’avoué qui en est pourtant l’essence même. L’étude d’impact publiée en annexe du projet de loi reconnaît d’ailleurs que : « Les avoués sont de très bons connaisseurs de la procédure d’appel et de la jurisprudence de leur cour. Ce sont des interlocuteurs utiles pour les chefs de cour, par exemple, dans le cadre de la mise en œuvre de la communication électronique. » Finalement, alors que la postulation n’est pas remise en cause et que le rôle des avoués est salué, on vient supprimer leur profession ! Vous avouerez que cela est difficile à comprendre et à accepter.

Les avoués sont utiles, leur rôle est reconnu par les chefs de cour et par de très nombreux avocats. Les acteurs de la vie judiciaire, dans leur quasi-totalité, sont attachés à la postulation, dont ils soulignent la nécessité pour une justice de qualité, équitable, efficace, rapide et humaine. Celle-ci ne peut exister que si elle est assurée dans de bonnes conditions et par les bons interlocuteurs, c’est-à-dire, pour ce qui concerne les cours d’appel, par les avoués.

Nous sommes résolument opposés à ce texte et nous voterons la motion de rejet préalable. Nous nous demandons avec beaucoup d’inquiétude si cette réforme n’en annonce pas d’autres qui viseraient à accélérer l’évolution du système judiciaire français et de ses spécificités vers le modèle anglo-saxon, ce que nous condamnons d’avance…

…Tout à l’heure, j’ai expliqué que notre groupe jugeait cette réforme totalement inopportune, ce qui aurait justifié à notre avis l’adoption de la motion de rejet préalable. Comme cela n’a pas été le cas – nous le regrettons –, nous approuvons la demande du groupe SRC d’un renvoi en commission.

En effet, nous considérons que les conséquences et les risques de cette réforme n’ont pas été véritablement mesurés, ainsi que le révèle clairement l’étude d’impact.

Au moins trois grandes questions méritent d’être revues de manière très précise. D’abord, il faut réexaminer la situation des quelque 1 850 salariés des études d’avoués sur laquelle mon collègue Michel Vaxès va revenir abondamment au cours de la discussion générale.                          

Ensuite, il faut revenir sur le coût de cette réforme qui va être supporté par le justiciable. Contrairement à l’argument avancé, la réforme ne va pas se traduire par une baisse du prix du procès pour le justiciable mais par une augmentation, nous le craignons.

Enfin, je voulais surtout appuyer la demande de renvoi en commission sur un point : si l’on prend la peine de les écouter, nombre de professionnels – beaucoup de magistrats des cours d’appel et la quasi-totalité des chefs de cour notamment – pensent que cette réforme va se traduire par une certaine désorganisation des cours d’appel et entraîner davantage de retards dans l’examen des dossiers. Les cours d’appel, qui avaient des interlocuteurs efficaces, reconnus et rompus à la procédure, cour par cour, vont se retrouver après cette réforme face à des milliers d’interlocuteurs potentiels.

Voilà pourquoi, monsieur le président, nous considérons que notre assemblée serait bien inspirée de voter pour ce renvoi en commission.

 

 

Par Marc DOLEZ - Publié dans : Travaux Assemblée Nationale
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Jeudi 9 juillet 2009 4 09 /07 /2009 14:37

Ci-après l’intervention de Marc DOLEZ, le 7 juillet 2009 à l’Assemblée Nationale, contre le travail du Dimanche.

Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, malgré les fortes oppositions qui se manifestent depuis plus d’un an dans le pays, le Président de la République, le Gouvernement et la majorité ont donc décidé de passer en force pour imposer le travail du dimanche, en évitant toute concertation préalable avec les partenaires sociaux. C’est la quatrième mouture du texte, mais rien n’a changé sur le fond. Elle ouvre toujours la voie à une généralisation du travail dominical, mettant en danger un acquis essentiel des salariés depuis plus d’un siècle, le droit au repos dominical, l’un des fondements de la cohésion sociale et familiale de notre société.

Si aucun des arguments économiques avancés n’est vraiment convaincant, le recul social, lui, est bien réel !

Incohérence économique d’abord : travailler le dimanche n’est ni un atout pour le commerce, ni une réponse pour les consommateurs. C’est, à terme, la disparition programmée des petits commerces, des artisans et des marchés traditionnels, qui ne pourront suivre les mêmes plages d’ouverture ; par voie de conséquence, c’est aussi la perte des emplois associés.

Comme l’a parfaitement démontré l’étude déjà citée du CREDOC, l’ouverture des magasins le dimanche ne créera pas d’emplois. Au mieux, elle opèrera des déplacements d’emplois stables en CDI vers des emplois précaires : 15 000 à 20 000 emplois pourraient ainsi être supprimés dans le petit commerce.

Contrairement aux affirmations présidentielles, cette ouverture sera également sans effet sur la croissance, car un surcroît de consommation ne peut provenir que de l’augmentation des salaires et des retraites, sans laquelle il va de soi que les consommateurs ne dépenseront pas davantage ; ils seront simplement conduits à reporter certaines dépenses d’un jour sur l’autre. En février 2007 déjà, le Conseil économique et social affirmait que « la consommation dépend du pouvoir d’achat, et l’effet d’entraînement provoqué par l’ouverture du dimanche ne serait qu’un déplacement dans le temps d’une dépense qui ne varie pas, sauf à solliciter davantage l’épargne ou le crédit, et ne serait qu’un transfert entre commerces ouverts et fermés ».

Incohérence économique, mais aussi sociale : on nous parle de sauvegarde de l’emploi, alors qu’il s’agira plutôt de sa précarisation et de sa parcellisation. La proposition de loi vise officiellement à régulariser des situations contraires à la législation du travail dominical, créant ainsi un effet d’aubaine qui engage bien au-delà du repos hebdomadaire. La banalisation du travail du dimanche conduira à la précarité : CDD, intérim, heures supplémentaires ou encore surcharge de travail due à l’augmentation des amplitudes de travail. C’est ouvrir la porte à des ajustements de l’emploi au détriment des salariés les plus précaires, au premier rang desquels figurent les étudiants et les familles monoparentales.

Illusion aussi du volontariat, mis en avant, mais qui n’est au fond qu’un affichage : prétendre garantir le volontariat des salariés, c’est méconnaître la réalité du monde du travail. Tout d’abord, compte tenu du lien de subordination qui caractérise le contrat de travail, le volontariat n’existe pas. En effet, il n’existe pas de liberté en droit du travail : tous les salariés sont juridiquement subordonnés et c’est l’employeur seul qui décide qui travaille le dimanche.

Des milliers de salariés – des vendeuses, notamment – subissent d’ores et déjà cet état de fait : ils sont obligés de travailler le dimanche contre leur gré.

Comment garantir que le droit de refus des salariés, souvent mis en avant dans ce débat, n’entraîne aucune discrimination dans l’évolution de la carrière, dans l’obtention d’une augmentation de salaire ou dans l’attribution d’une formation ? Le marché du travail et la notion d’offre raisonnable d’emploi permettent-ils vraiment à un salarié de refuser à l’embauche un contrat prévoyant le travail du dimanche ?

Chacun connaît naturellement la réponse : la loi ne suffira pas à garantir contre les risques de discrimination et de représailles les salariés ou les candidats à l’embauche qui ne pourraient ni ne voudraient travailler le dimanche.

Quant au pouvoir d’achat, des contreparties ne seront rendues obligatoires que pour les salariés travaillant le dimanche sur la base d’une autorisation administrative. Voilà qui exclut la majorité des salariés concernés, notamment ceux des zones touristiques et thermales. Il n’y a dans le texte aucune garantie ni aucune contrepartie pour la majorité des salariés exposés au travail du dimanche. En outre, le doublement du salaire ne s’appliquera pas si d’autres contreparties sont fixées par accord collectif, même moins favorable.

Rien ne permet dans ce texte de déceler objectivement dans l’extension du travail du dimanche une nécessité sociale ou économique l’emportant sur les exigences qui soutiennent le principe d’un jour de repos commun, en vigueur depuis 1906. Au contraire, l’extension de l’ouverture des commerces le dimanche pose des problème sociétaux importants, le repos dominical étant le moment de l’exercice de nombreuses activités familiales, culturelles ou sportives, qui sont autant de voies pour assurer la cohésion sociale. Le coût social de la généralisation et de la banalisation du travail du dimanche est évidemment incalculable. Il ne peut hélas en résulter qu’une déstructuration encore un peu plus forte des liens sociaux.

La question posée dans ce débat est bien la suivante : veut-on vraiment d’une société où l’individu n’existe que par sa fonction de consommateur ? Veut-on une société dont le cœur est la consommation, ou bien une société où la personne humaine est placée au centre de toute décision ? Le patronat, qui a déjà largement inspiré ce texte, a clairement répondu à cette question par la voix de sa présidente, Mme Parisot, qui déclarait il y a quelques mois que le débat n’est pas sur le travail du dimanche, mais sur l’ouverture de certains commerces. Tout est dit ! Parce que le repos dominical est et doit rester un repère collectif dans la société, je souhaite que notre Assemblée s’oppose résolument et massivement à ce texte.

 

Par Marc DOLEZ - Publié dans : Travaux Assemblée Nationale
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Vendredi 3 juillet 2009 5 03 /07 /2009 14:48

Marc DOLEZ était l’orateur du groupe GDR, le 2 juillet à l’Assemblée Nationale, dans la discussion du projet de loi relatif à la mobilité dans la fonction publique.


Ci-après le texte de sa principale intervention.

 

Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, les députés communistes, républicains et du parti de gauche estiment que le présent texte s’inscrit pleinement dans la révolution culturelle annoncée par le Président de la République le 19 septembre 2007 à Nantes, laquelle vise à mettre en place une nouvelle fonction publique, inspirée du modèle libéral européen, à l’anglo-saxonne.

Il s’agit d’une attaque frontale contre le statut des fonctionnaires et les garanties que ce dernier représente pour tous les citoyens ; il s’agit, en d’autres termes, d’une nouvelle remise en cause de la conception française de la fonction publique, laquelle repose, je le rappelle, sur le service public à la française qui est au cœur de notre pacte social et républicain, lui-même hérité de la Libération.

Si la loi du 19 octobre 1946 doit être considérée comme la première expression majeure, dans notre droit, de cette conception républicaine de la fonction publique, les avancées intervenues depuis ont permis d’accorder aux fonctionnaires de nouveaux droits et un statut spécifique.

Comme le rappelait récemment Anicet Le Pors, auteur de la grande loi de 1983, l’unité de ce statut est fondée sur trois principes. Le premier est l’égalité, par référence à l’article VI de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, qui dispose que l’accès aux emplois publics s’effectue « sans autre distinction que celle [des] vertus et [des] talents » : c’est donc par la voie du concours que l’on entre dans la fonction publique.

Le deuxième principe est l’indépendance du fonctionnaire vis-à-vis du pouvoir politique comme de l’arbitraire administratif, principe assuré par le système dit de la « carrière » ou du grade, propriété du fonctionnaire et distinct de l’emploi, qui, lui, est à la disposition de l’administration ; ce principe ancien se trouve déjà formulé dans la loi relative aux officiers de 1834.

Troisième et dernier principe : la citoyenneté, qui confère au fonctionnaire la plénitude des droits des citoyens et reconnaît la source de sa responsabilité dans l’article XV de la Déclaration de 1789, selon lequel « la société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration ». Cette conception du fonctionnaire-citoyen s’oppose à celle du fonctionnaire-sujet. C’est sur cette base qu’a été construite une fonction publique à trois versants, ensemble à la fois unifié et respectueux des différences, comme l’indiquent ses quatre titres adoptés successivement en 1983, 1984 et 1986.

À vrai dire, ce projet de loi relatif à la mobilité et aux parcours professionnels dans la fonction publique est une nouvelle étape de l’offensive menée depuis plusieurs années contre la fonction publique et les services publics. Il est le prolongement des multiples déstabilisations menées depuis plus de vingt ans : mise à l’écart progressive, depuis le début des années 90, de la fonction publique de La Poste et de France Télécom, établissements suivis en cela par bien d’autres services ou établissements administratifs ; loi Hoeffel de 1994, qui a permis le recrutement sans concours des agents administratifs à l’échelle 2 ; rapport annuel du Conseil d’État de 2003, qui esquissait la théorie d’un autre modèle de fonction publique en érigeant le contrat en source autonome de son droit ; loi de juillet 2005, qui a introduit le contrat à durée indéterminée dans la fonction publique ; loi du 2 février 2007, dite de « modernisation », qui, sous couvert de renforcer le droit à la formation des agents, a rapproché la fonction publique du secteur privé ; Livre blanc sur l’avenir de la fonction publique du 17 avril 2008, rédigé par Jean-Ludovic Silicani ; enfin, proposition de loi déposée par quatre-vingt-sept collègues de la majorité le 21 janvier dernier pour instituer la liberté de recrutement par les collectivités territoriales et faire du recours au contrat de travail de droit commun la règle.

Le présent texte poursuit donc un objectif de réduction des dépenses et des effectifs ; il encourage les départs sous couvert de mobilité et donne en réalité à l’État les outils nécessaires pour mettre en œuvre un plan social d’une ampleur inégalée. Enfin, dans le même but de réduction des dépenses publiques, il permettra à l’État de se désengager, au détriment des collectivités territoriales.

L’argument de la mobilité est en réalité utilisé pour inciter les fonctionnaires à quitter la fonction publique.

C’est dans cette intention que vous proposez d’accroître le champ de la contractualisation au sein de la fonction publique, d’y organiser l’instabilité de l’emploi et, à vrai dire, de favoriser le clientélisme.

L’extension des possibilités de cumul d’emplois à temps partiel accroîtra incontestablement la précarité ; enfin, la facilitation du recours aux contractuels ou, pis encore, celui, légalisé, à l’intérim, ouvrent encore davantage la brèche de la contractualisation dans le recrutement au sein de la fonction publique. Couplée à l’intérim, cette contractualisation renforcée revient à fonder le recrutement sur le clientélisme et à en faire une filière d’embauche à part entière, pour transformer les agents de la fonction publique en variables d’ajustement, comme le sont les salariés des entreprises privées.

Alors que toute réforme ne devrait se fixer comme objectif que l’intérêt général et le progrès social pour tous, il s’agit bien ici de démanteler le statut de la fonction publique, pour mieux mettre en place la révision générale des politiques publiques qui commande des suppressions massives de postes de fonctionnaires. L’objectif est bien de donner aux administrations de nouveaux outils pour gérer les restructurations qu’imposera cette RGPP.

Le dispositif principal du projet de loi traduit parfaitement cet objectif, notamment aux articles 6, 7, 8, 9 et 10, dont toutes les organisations syndicales demandent le retrait.

Ce projet de loi utilise donc le thème de la mobilité comme un paravent, à des fins purement comptables et financières. Il doit être analysé dans son ensemble sous l’angle de la révision générale des politiques publiques. Vos objectifs sont la réduction des dépenses publiques et le remodelage de l’appareil de l’État – vous ne vous en cachez d’ailleurs pas.

Avec ce texte, vous vous donnez les moyens d’organiser dans la fonction publique un vaste plan social qui ne dit pas son nom. Personne n’est dupe. Tous les syndicats, dans leur diversité, ont exprimé leur opposition au projet. Au moment même où je m’exprime, ils se rassemblent devant l’Assemblée nationale pour manifester leur volonté de résister à ce dispositif.

Il s’agit donc bien à nos yeux d’une remise en cause de la conception républicaine du statut de la fonction publique. Nous avons une tout autre idée de ce que devrait être cette fonction publique. Notre pays doit développer ses services publics pour leur permettre de répondre pleinement aux besoins de la population. C’est d’autant plus vrai que la montée de la précarité place les collectivités territoriales en première ligne face à des familles que le chômage fragilise ou jette dans des difficultés insurmontables.

Notre opposition résolue s’explique donc à la fois par le contenu même du texte qui nous est présenté et que nous désapprouvons, et par notre attachement indéfectible à une fonction publique au service de tous, respectant l’égalité du traitement des citoyens, avec des agents exerçant leur mission de manière neutre et impartiale.

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Par Marc DOLEZ - Publié dans : Travaux Assemblée Nationale
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Mardi 16 juin 2009 2 16 /06 /2009 17:25

La Constitution permet désormais au Président de la République de prendre la parole devant l’Assemblée Nationale et le Sénat réunis en Congrès, alors qu’il n’assiste pas à la réponse des groupes politiques et qu’aucun vote n’est possible.

Attachés à la démocratie, les Députés communistes, républicains, du parti de gauche ont voté contre cette modification constitutionnelle qui renforce le poids du pouvoir exécutif – en fait le pouvoir d’un homme – et bâillonne un peu plus l’opposition dans son travail législatif.

Cette raison, à elle seule, pourrait justifier notre absence à ce Congrès, mais la Constitution, votée à une voix de majorité en juillet dernier, s’applique. Pour cette raison, le boycott ne sera jamais une règle pour nous.

En l’occurrence, le 22 Juin, Nicolas Sarkozy veut uniquement surfer sur le vote des élections européennes qu’il considère comme une approbation de sa politique. Il veut instrumentaliser un résultat – faussement interprété – pour aller encore plus loin dans sa politique de régression sociale faite de pression sur les salaires, d’emplois sacrifiés sur l’autel de l’intérêt des actionnaires, d’atteintes à la sécurité sociale, de remise en cause de la retraite à 60 ans…

Les Députés communistes, républicains, du Parti de gauche n’iront pas cautionner une opération de communication, le tout pour faire avaler à nos concitoyennes et nos concitoyens l’aggravation d’une politique qui est la plus rétrograde de ces trente dernières années.

 

(communiqué des députés communistes, républicains, du Parti de gauche)

 

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Jeudi 28 mai 2009 4 28 /05 /2009 15:42

Ce jeudi 28 mai à l’Assemblée Nationale, les députés du Front de Gauche ont défendu trois propositions pour répondre à l’urgence sociale et pour s’attaquer aux racines de la crise.

La première vise à interdire les licenciements dans les entreprises ayant réalisé des bénéfices, distribué des dividendes, délocalisé leurs activités ou reçu des aides publiques, à renforcer les pouvoirs des salariés, en donnant aux comités d’entreprise un droit d’opposition suspensif aux décisions de licenciements, et à porter le smic à 1600 euros bruts dès le 1er juillet.

La seconde propose de promouvoir un autre partage des richesses : supprimer le bouclier fiscal et les stocks options, renforcer la progressivité de l’impôt sur le revenu, accroître le rendement de l’impôt sur la fortune. Elle préconise aussi la création d’un pôle public bancaire et du crédit, pour disposer d’un outil au service d’une réelle politique de l’emploi.

La troisième concerne d’une part  la protection de nos services publics et en particulier des services sociaux d’intérêt général (logement social, aide à l’enfance et à la famille), que la Commission européenne veut soumettre à la concurrence, et d’autre part le retour de la directive Bolkstein. Le statut de la société privée européenne, actuellement discuté à Bruxelles, prévoit en effet la réintroduction du principe du pays d’origine permettant à toute entreprise d’avoir son siège social dans un pays différent de celui de ses activités.

Par leur proposition de résolution, les députés du Front de Gauche demandent officiellement que la France s’oppose à cette double menace.        .

Toutes ces mesures sont autant d’exigences alternatives que le Front de Gauche porte en résonnance avec les revendications exprimées par le mouvement social, comme en ont attesté les centaines de salariés d’entreprises en lutte, présents devant l’Assemblée Nationale pour soutenir le combat de leurs parlementaires.

Elles sont ainsi de nature à donner une perspective politique aux luttes et mobilisations.

Elles dessinent l’alternative politique à gauche dont l’urgence et la nécessité s’affirment chaque jour un peu plus dans le pays.

Cette initiative parlementaire du Front de Gauche, des députés communistes et du Parti de Gauche, a enfin le mérite de placer chacun devant ses responsabilités : le vote solennel du 2 juin permettra, au-delà des discours, d’identifier le vote de chaque député.  

Par Marc DOLEZ - Publié dans : Travaux Assemblée Nationale
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Vendredi 3 avril 2009 5 03 /04 /2009 14:13

Le projet de loi sur la diffusion et la protection des œuvres sur internet qui vient d’être adopté à l’Assemblée nationale organise un véritable flicage des internautes. Avec ce texte, le pouvoir en place criminalise à priori tous les usagers d’internet. C’est une loi préoccupante qui enfreint gravement les principes généraux de notre droit.

Alors que l’outil internet est devenu un moyen d’accès à la culture et à l’éducation, le gouvernement préfère satisfaire l’appétit des majors dont les recettes n’ont cessé de croître et celui des industries du cinéma et du divertissement qui ne se sont jamais aussi bien porté.

Sous couvert de protéger les droits des artistes, cette loi vise en fait à pérenniser un système obsolète qui ne profite qu’aux grands du disque et du cinéma. C’est sans nul doute la raison pour laquelle le gouvernement a systématiquement repoussé tous les amendements qui visaient à augmenter les revenus pour la création en en diversifiant les sources.

 

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Par Marc DOLEZ - Publié dans : Travaux Assemblée Nationale
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