Lundi 30 juin 2008 1 30 /06 /Juin /2008 17:56

                                                      Adresse aux militants,

                                                      à l’occasion du prochain congrès du P.S

 

 

Le parti dont ont besoin les salariés comme les militants, c’est un parti qui défende leurs revendications, qui soit clairement à leurs côtés, qui propose une alternative politique au gouvernement de Sarkozy et, au-delà, qui inscrive son combat dans la seule perspective que l’on puisse opposer au capitalisme : celle du socialisme.

Alors que l’aggravation de la crise mondiale devrait conforter le caractère internationaliste et anticapitaliste du Parti Socialiste, celui-ci ne répond aucunement à ces exigences.

Profondément attachés aux valeurs fondamentales du socialisme, nous refusons le dévoiement d’un engagement de souvent plusieurs décennies, nous refusons la liquidation du parti de Jaurès et de Mitterrand.

Alors que, face à la droite, il n’a jamais été aussi urgent de construire une opposition résolue et une vraie alternative, le Parti Socialiste s’enlise chaque jour un peu plus dans le renoncement et l’abandon.

Nous ne pouvons que rejeter une nouvelle « déclaration de principes », adoptée après une parodie de débat et avec une participation très minoritaire ; déclaration qui entérine le ralliement des socialistes français au capitalisme et leur alignement forcé sur la social-démocratie européenne.

Nous n’admettons pas l’approbation du traité de Lisbonne, au mépris de la volonté du peuple exprimée en 2005.

Nous n’acceptons pas la présidentialisation du fonctionnement même du parti, ralliement sans retour à la Vème République.

Nous déplorons le refus de défendre vraiment les régimes spéciaux de retraite, ouvrant ainsi la voie à un nouvel allongement de la durée de cotisations et à l’inéluctable remise en cause du système par répartition.

Dans un tel contexte, l’enjeu du congrès n’est pas de peser un peu à gauche sur une ligne social-libérale ou de se livrer à d’obscures manœuvres d’appareil pour aboutir, comme au congrès du Mans, à une stérile synthèse.

Il ne s’agit pas non plus d’écrire un énième projet, à ranger aux côtés des précédents, ou de dresser un catalogue… pour 2012 !

Notre tâche est de tout mettre en œuvre pour faire front contre la droite et le MEDEF, pour combattre leur politique de destruction sociale, pour offrir un débouché aux luttes et à la colère sociale, pour créer dès que possible les conditions d’une véritable alternative à gauche, d’un gouvernement rompant enfin avec les logiques libérales.

Notre tâche est de participer à la reconstruction d’un parti authentiquement socialiste, qui allie la protestation à la proposition,  pour une gauche digne de ce nom.

Cette perspective suppose la mobilisation de tous les militants, d’horizons différents, qui ne se résignent pas à la faiblesse et à l’impuissance actuelles de la gauche.

Elle suppose en particulier l’engagement des militants du Parti Socialiste, à l’instar de celui, décisif, qui les a amenés nombreux à mener campagne en 2005 contre le Traité Constitutionnel Européen, sauvant ainsi l’honneur de leur parti.

L’état du Parti Socialiste est tel aujourd’hui que, pour réussir, nous les appelons à l’insurrection militante.

 

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I – Le devoir d’un inventaire sans concession

 

La reconstruction exige au préalable l’inventaire, jamais effectué, de la période où la gauche a exercé le pouvoir. La crédibilité de la démarche en dépend.

 

         A) L’accompagnement du modèle libéral

 

Les échecs à répétition du P.S, lors de toutes les élections nationales depuis 1988 (sauf 1997) résultent d’abord d’une orientation qui tourne le dos aux attentes des salariés, des retraités, des chômeurs, des étudiants, comme l’a d’ailleurs signifié le pathétique aveu du candidat Jospin : «  mon programme n’est pas socialiste » !

A la suite des grands changements intervenus après la victoire de 1981, le tournant de la rigueur de 1983 signifia de fait l’adhésion à la doctrine néo-libérale, « une parenthèse » qui non seulement n’a jamais été refermée mais s’est aggravée à partir de 1988 et après la dissolution de 1997.

Le gouvernement de la gauche plurielle n’abrogera aucune des lois de la droite, multipliera les privatisations et, en 2000/2001, dressera même contre lui des centaines de milliers d’enseignants et de fonctionnaires.

Le résultat sera impitoyable et la rupture avec les couches populaires consommée : le 21 avril 2002, le candidat du Parti Socialiste est éliminé dès le premier tour de la présidentielle.

Aucune leçon ne sera tirée de cette terrible sanction politique, encore analysée comme un accident, au point d’appeler à voter en 2005 pour le projet libéral de Constitution Européenne, la direction du P.S considérant « le oui de gauche compatible avec le oui de droite ».

Que dire enfin de l’invraisemblable campagne présidentielle de 2007, autour de « l’ordre juste », de thématiques sécuritaires et d’alliances contre nature.

En réalité, l’état actuel de la gauche résulte pour beaucoup de la profonde crise d’identité qui la secoue et affecte particulièrement le Parti Socialiste depuis qu’au pouvoir il s’est avoué impuissant face à la loi du marché.

 

B)     Un parti profondément malade, coupé du peuple et du mouvement social

 

Tant dans sa composition que dans son électorat, le parti s’est coupé des classes populaires les plus fragiles qu’il est censé défendre. Même dans ses analyses, il peine à appréhender toutes les évolutions sociales dont il a une représentation abstraite et dépassée,  y compris pour les mécanismes d’exclusion et de repli.

Les résultats obtenus aux élections locales de 2004 et 2007 ne traduisent d’ailleurs en rien une reconquête de l’électorat populaire, mais témoignent surtout de la volonté de dresser des garde-fous face à la droite et au libéralisme.

Un constat s’impose : Le parti vient de perdre près de 40% de ses adhérents, dont beaucoup l’étaient de longue date, les baronnies fédérales se renforcent et se structurent au travers des succès électoraux territoriaux, le parti est devenu essentiellement une machine électorale.

La démocratie interne, qui faisait un moment sa fierté, est battue en brèche avec un Conseil National qui ne sert à rien, des opacités persistantes, des pratiques locales plus que contestables, des militants traités comme des supporters et un mercato permanent entre les écuries présidentielles.

Voilà un parti qui, en moins de trois ans, aura élaboré une motion de congrès,  un projet politique, une plate-forme présidentielle, une nouvelle déclaration de principes, sans oublier l’organisation de forums de la rénovation, et dont la droite peut dire tranquillement, sans risque d’être démentie, qu’il n’a plus d’idées. Sur les grands sujets économiques et sociaux, les compromis boiteux succèdent aux synthèses insignifiantes. Le combat idéologique n’a pas été perdu : il n’a pas été mené.

Sous prétexte d’être un parti de gouvernement responsable, le parti a aussi renoncé à initier des luttes sociales ou même à participer activement à celle des autres ; il est souvent à la traîne ou inactif, se contentant la plupart du temps de communiqués insipides du Bureau National chaque mardi soir.

Comment ne pas comprendre le découragement et le désarroi de milliers de militants qui assistent impuissants à la mutation de leur parti en Parti Démocrate à l’américaine, dont la vie n’est rythmée que par la compétition des présidentiables, leur écoeurement aussi devant la confiscation de leur idéal par les dignitaires de la rue Solférino ?

Ce n’est pas d’une rénovation dont ce parti aurait besoin, mais bel et bien d’une révolution !

 

II – Sur quelles bases reconstruire ?

 

La création d’une nouvelle force à gauche est désormais à l’ordre du jour : un parti qui s’adresse à toute la gauche pour rassembler toutes celles et tous ceux, jeunes, salariés, retraités, victimes du chômage et de la précarité, qui souffrent durement de l’implacable et cynique logique financière du capitalisme.

Au renoncement et à la soumission, nous devons opposer le volontarisme politique, la transformation sociale et écologique, un véritable internationalisme.

Aux communautarismes et intégrismes, nous opposons le progrès et la laïcité.

Aux dévastations humaines sans limites engendrées par le capitalisme, nous opposons la perspective du socialisme qui reste cette idée neuve pour l’égalité, l’émancipation               sociale, la paix et la libération des peuples.

 

            A) Le socialisme, une idée neuve.

 

Nous refusons de considérer le capitalisme comme l’horizon indépassable et ne renonçons pas à un autre mode d’organisation sociale, fondé sur la socialisation des moyens de production et d’échange car, pour reprendre le mot de Jaurès , « … les moyens de production et de richesse accumulés par l’humanité doivent être à la disposition de toutes les activités humaines et les affranchir. »

Rien n’est en effet plus urgent que de reconstruire une idéologie de rupture avec le capitalisme pour ouvrir une autre voie, après l’effondrement tragique du « communisme » d’Etat et le calamiteux ralliement de la social-démocratie au modèle néo-libéral.

Un siècle après, une nouvelle « synthèse jauressienne » s’impose pour intégrer le meilleur de la tradition du mouvement ouvrier et des combats républicains avec les nouvelles problématiques de contestation du capitalisme, la question écologique étant indissociable de la question sociale. C’est en effet la recherche du profit qui pousse au pillage des ressources naturelles et crée de nouveaux dangers environnementaux.

Cela passe immédiatement par un autre partage des richesses, qui rende au travail ce qu’il a perdu au profit du capital.

Cela exige des orientations claires et des engagements précis.          

 

B)    Face à l’urgence sociale, soutenir les mobilisations en cours et avancer  des mesures concrètes.

 

Nos propositions visent d’abord à défendre les acquis, sans lesquels il ne peut y avoir de  nouveaux progrès. C’est pourquoi la gauche doit dès maintenant s’engager à abroger toutes les lois antisociales et liberticides de Sarkozy, ainsi que celles des gouvernements antérieurs, pour clairement afficher l’impossibilité de s’en accommoder, comme cela a été le cas dans le passé.

Nos propositions visent également à mieux satisfaire les besoins populaires, à ouvrir de nouveaux droits et conquérir de nouveaux espaces de liberté.

La mise en œuvre de ces mesures implique que l’Etat dispose de tous les leviers nécessaires. Cela passe notamment par la constitution de nouveaux moyens d’intervention financiers et de contrôle.

 

  • Augmenter les salaires, revaloriser le pouvoir d’achat

 

La première exigence c’est évidemment la hausse des salaires et le rattrapage du pouvoir d’achat perdu par tous les salariés et retraités.

1500 euros nets (et non bruts) minimum est une revendication légitime pour des millions de salariés.

 

  • Lutter contre les licenciements, défendre les droits des salariés

 

Nous préconisons l’abrogation de la « rupture conventionnelle » (licenciement amiable), le rétablissement de l’autorisation administrative de licenciement, ainsi que de nouvelles sanctions fiscales et financières pour s’opposer aux licenciements boursiers et aux délocalisations.

Combattre toutes les formes de travail précarisé exige de revenir sur tous les textes permettant et développant les CDD, les petits boulots, les stages non payés. Un seul contrat : le CDI.

La défense du droit de grève implique de revenir aussi sur les textes qui imposent un service minimum dans les transports et de combattre celui, en préparation, relatif à l’accueil dans les écoles.

De la même manière, nous combattons les atteintes gravissimes actuellement portées à la philosophie et aux fondements mêmes du droit du travail dont l’objet est de protéger le salarié.

 

  • Défendre le droit à la retraite

 

 Nous refusons toute augmentation du nombre d’annuités. L’argument de la prolongation de la durée de vie n’est pas recevable alors qu’il y a chômage, hausse de la productivité, et aggravation des conditions de travail.

Il faut donc abroger la loi Fillon de 2003 et les décrets Balladur de 1993, augmenter les cotisations dites « patronales » (en 20 ans la part salariale dans la valeur ajoutée a diminué de 10 points) pour garantir la retraite à 60 ans, permettre le retour aux 37,5 années avec un taux de remplacement de 75%.

 

  • Assurer la pérennité de la sécurité sociale

 

Nous sommes pour le retour au plein remboursement, pour la gratuité totale de tous les soins médicaux et paramédicaux, la suppression des exonérations des  cotisations patronales (qui sont un salaire différé). La défense de l’hôpital public implique la création des postes nécessaires et l’abrogation du plan « hôpital 2007 ».

D’autres solutions pour le financement sont également à rechercher dans une véritable politique de prévention et surtout dans la maîtrise publique de la politique du médicament.                      

 

  • Régulariser les immigrés sans papiers

 

Nous demandons la régularisation de tous ceux déjà résidant et travaillant en France, avant la mise en place d’une politique d’immigration fondée sur l’accueil, l’intégration républicaine, la fermeture des centres de rétention et donc l’abrogation de la loi Hortefeux.

 

  • Répondre aux revendications de la jeunesse.

 

La récente loi relative aux universités est à revoir pour préserver les diplômes nationaux et les statuts des personnels.

Avec les jeunes chercheurs qui se battent contre la soumission de la recherche aux entreprises privées, nous rejetons les dispositifs de précarisation, comme tous ceux qui contraignent la jeunesse au travail gratuit (stages non payés).

Au-delà, c’est à toutes les politiques publiques de s’attaquer aux discriminations et exclusions que subissent les jeunes.

 

  • Défendre l’enseignement public et laïque.

 

Il n’y a pas d’amélioration possible de l’enseignement sans le rétablissement des postes supprimés et la préservation de la carte scolaire.

La défense du caractère laïque de l’enseignement implique l’application intégrale de la loi de séparation des Eglises et de l’État de 1905, l’abrogation des dispositions anti laïques et notamment des accords Lang-Cloupet, ainsi que l’abolition à terme des statuts concordataire, local et scolaire d’Alsace Moselle.

 
         Garantir l’effectivité du droit au logement 

 

Cela nécessite des mesures telles que la réquisition et l’aménagement des locaux vacants, et au-delà, un plan de financement massif de logements sociaux, par le rétablissement de gestion publique du livret A et des mesures réellement contraignantes pour les communes qui ne respecteraient pas la loi SRU.

 

  • Défendre et développer les services publics

 

Défense des services publics et défense des statuts des personnels sont indissociables. Cela ne peut être mis en œuvre que par des entreprises publiques en particulier dans les transports,  l’énergie, l’eau. C’est une condition pour l’égalité d’accès à ces services, dans des conditions de prix, de qualité et de sécurité que des entreprises recherchant le profit ne peuvent assurer.

Cela suppose notamment de lutter contre l’accord général sur le commerce des services  (AGCS) projeté par l’OMC.

 

C)    Face à l’urgence démocratique, rétablir la souveraineté populaire

 

Rien ne pourra se faire en France et en Europe sans le respect de la souveraineté populaire et sans l’implication des citoyens, pour leur permettre de peser de tout leur poids dans la conduite d’une politique alternative.

 

  • Rompre avec la Vème République 

 

Le changement de société va de pair avec une transformation des institutions.

Nous appelons à une sixième République, qui soit sociale, laïque et parlementaire, ce qui implique la suppression de l’élection du président de la République au suffrage universel direct.

La nouvelle constitution sera élaborée par une Assemblée Constituante, élue à la proportionnelle.

  
       Une autre Europe pour un nouveau monde.

 

L’Europe ne peut se construire contre les peuples. Le vote du 29 Mai 2005 doit être respecté, et, après le Non Irlandais, le traité de Lisbonne considéré comme caduc.

« La concurrence libre et non faussée », inscrite dans les traités, interdit toute perspective d’Europe sociale et, ici aussi, il y a urgence à construire un projet alternatif, avec toutes les forces progressistes et antilibérales en Europe.

Au moment où des peuples entiers subissent la misère, la corruption et l’oppression, et pour revenir à la tradition internationaliste du socialisme, l’offensive est à mener pour refonder une Internationale digne de ce nom, dans un monde confronté à un capitalisme toujours plus prédateur et à la loi de la jungle.

 

 

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Il y a urgence !

 

Notre démarche s’inscrit dans la continuité des combats antérieurs de Forces Militantes, depuis 2002, pour replacer le P.S au cœur de la gauche et pour favoriser sa réappropriation par les militants, pour construire une autre Europe et retrouver l’authenticité socialiste.

Elle repose sur une conviction : la ligne actuelle du P.S conduit inéluctablement à de nouveaux désastres, comme en Italie, qui pourraient aller jusqu’à emporter la République.Il y a urgence ! Il faut changer la donne à gauche !

C’est pourquoi nous avons décidé de nous adresser aux militants avec une certaine solennité.

A tous ceux qui partagent nos analyses et nos espoirs,  nous disons : n’ayez pas peur d’être traités de ringards et d’utopistes, refusez toutes les manœuvres et affranchissez-vous de toutes les pressions. Nous pouvons ensemble, avec le reste de la gauche, bâtir le socialisme de demain, dans la fidélité à nos valeurs et en acceptant pleinement les responsabilités d’un parti de gouvernement.

L’avenir de la République est en jeu, celui du socialisme aussi, en France comme en Europe.

Le temps est venu que les socialistes fidèles à Jaurès se lèvent pour résister aux liquidateurs et prendre, dans le rassemblement à construire, toute la place que leur confère l’héritage dont ils sont dépositaires.

En avant, camarades, pour que vive le socialisme et vive la République sociale !

 

 

                                                                                              Le 28 Juin 2008

 

 

 

Contribution de Forces Militantes présentée par Marc DOLEZ, député du Nord, et les membres de la coordination nationale, Brigitte ARRESTIER, Marc BARON, Priscille GRAS, Serge GOUDARD, Régis LECOYER, Jeannine MARQUAILLE, Jean-Marie MARQUAILLE, Jean-Pierre MASSON, Paule MATHONNAT, Evelyne MAUREL, Louis MEXANDEAU, Pascale PAVY, Bruno SLAMA, Robert SPIZZICHINO, Eric TOLLENAERE.

 

Cette contribution a été élaborée collectivement et, pour notre part, nous nous sommes refusés à la déplorable chasse aux signatures sur des textes en cours d’écriture.

 

Nous invitons les militants qui veulent soutenir cette contribution ou en débattre à se rendre sur le site : http://www.deboutlagauche.net

 

 

 

Par Marc DOLEZ - Publié dans : La gauche et le socialisme
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Mercredi 18 juin 2008 3 18 /06 /Juin /2008 09:14

L’Assemblée Nationale a adopté, le 17 juin, le projet de loi dit de « modernisation de l’économie ». Ce texte fourre-tout contient de nombreuses dispositions négatives comme la réforme de l’urbanisme commercial favorisant l’installation des grandes surfaces. Ci-après, sur le sujet, l’intervention de Marc DOLEZ dans le débat (compte-rendu du 12 juin 2008, 3ème séance).

 

Mme la présidente. La parole est à M. Marc Dolez.

 

M. Marc Dolez. À cette heure avancée de la nuit, je dirai simplement quelques mots sur cet article 27, en particulier sur le relèvement de 300 à 1 000 mètres carrés du seuil de déclenchement de la procédure d’autorisation des surfaces commerciales.

Cette mesure est fondée sur une idée très contestable, que le Premier ministre a d’ailleurs rappelée tout à l’heure, dans une intervention télévisée à une heure de grande écoute : la multiplication des grandes surfaces et des magasins hard discount permettrait de stimuler la concurrence pour renforcer la croissance et, grâce à la baisse des prix, donner une réponse à la question, lancinante pour beaucoup de nos concitoyens, du pouvoir d’achat.

Je crois cette mesure à la fois inefficace et dangereuse. Inefficace, car elle ne s’attaque pas aux racines du mal, que de nombreuses études sérieuses et fiables ont pourtant mis au jour. Celles-ci montrent par exemple que, suivant les régions, les prix pratiqués par une même enseigne peuvent varier fortement, ou que, s’il existe bien sept grands distributeurs dans notre pays, leur entente est un secret de Polichinelle. La libéralisation jusqu’à 1 000 mètres carrés ne changera rien, puisque ce seront toujours les mêmes qui s’implanteront et que la concurrence ne s’en trouvera pas accrue. Au contraire, cette mesure bénéficiera encore davantage à la grande distribution, au détriment du petit commerce et d’un aménagement équilibré du territoire. C’est en ce sens qu’elle est extrêmement dangereuse. Beaucoup d’élus locaux, sur tous les bancs de cette assemblée, l’ont d’ailleurs perçue comme telle, car elle constituera une nouvelle incitation au développement périurbain, au détriment du centre-ville et des services de proximité. C’est pourquoi je soutiendrai tous les amendements de suppression de cet article.

 

 

Par Marc DOLEZ - Publié dans : Travaux Assemblée Nationale
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Lundi 16 juin 2008 1 16 /06 /Juin /2008 17:04

En disant Non, le peuple Irlandais a heureusement déjoué le « complot » de Lisbonne visant à imposer par la voie parlementaire un texte quasiment identique à celui déjà rejeté en 2005 par la France et les Pays-bas.

Le message du seul pays autorisé à s’exprimer par référendum est clair : les peuples européens ne veulent pas de cette Europe libérale, synonyme de concurrence à tous crins, de délocalisations,  de dumping social et de démantèlement des services publics.

Ce message doit être entendu et les conséquences tirées : le traité de Lisbonne est mort et le processus de ratification doit évidemment s’interrompre.

Alors que Bruxelles et les différents gouvernements s’activent déjà à contourner le référendum Irlandais, le Parti Socialiste porterait une grave responsabilité s’il cautionnait de si sombres manœuvres, comme celle consistant à faire revoter ( !), et s’il n’exigeait pas le strict respect de la souveraineté populaire.

 

Par Marc DOLEZ - Publié dans : Europe
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Jeudi 12 juin 2008 4 12 /06 /Juin /2008 16:07

La disparition des droits spéciaux de distribution des livrets A et bleu octroyés à la Banque Postale, aux Caisses d’épargne et au Crédit mutuel sera lourde de conséquences pour l’épargne populaire des Français aux revenus modestes et pour le financement du logement social. Ci-après l’interpellation de  Marc DOLEZ,  à l’Assemblée Nationale (compte-rendu du 10 juin 2008).


La parole est à M. Marc Dolez.


M. Marc Dolez. Mesdames les ministres, la gravité du sujet que nous évoquons maintenant exigerait que vous répondiez de manière très précise aux interpellations nombreuses que nous vous adressons avec beaucoup de force et, veuillez le croire, beaucoup de conviction.

L’article 39 est censé répondre à une décision, à un ultimatum, dirai-je, de la Commission européenne.

Contre cette décision, le Gouvernement de la République a déposé le 23 juillet dernier un recours devant le tribunal de première instance de Luxembourg.

M. Patrick Roy. Eh oui !

M. Marc Dolez. Nous ne comprenons pas que vous n’attendiez pas la décision du tribunal, que vous ne défendiez même pas ce recours. Si vous l’avez déposé au mois de juillet dernier, faisant peut-être écho à certains propos du Président de la République pendant la campagne de l’élection présidentielle, il faut aller jusqu’au bout de la démarche.

Or, non seulement vous n’attendez pas la décision, mais vous allez au-delà des recommandations de la Commission de Bruxelles.

M. Patrick Roy. C’est incroyable !

M. Marc Dolez. Cet article 39, qui organise la banalisation du livret A, pose de graves questions sur l’accessibilité bancaire, mais aussi sur le financement du logement social.

Sur l’accessibilité, personne ne doit se faire vraiment d’illusions. Chacun sait bien que les banques ne voudront pas de ce que j’appellerai volontiers les « petits » livrets A,…

M. Jean-Yves Le Bouillonnec. C’est évident !

M. Marc Dolez…considérés comme non rentables, appartenant à des personnes ayant peu de ressources et qui s’en servent d’ailleurs la plupart du temps comme un compte bancaire, compte que les banques, aujourd’hui, leur refusent. Les Banques capteront les livrets considérés comme stables, les plus importants, et laisseront à la Banque Postale les livrets les moins alimentés.

Mes collègues viennent d’exposer avec beaucoup de précision, et je n’y reviendrai donc pas, toutes les menaces qui pèsent sur le financement du logement social, si important dans ce pays, pour lequel les besoins sont considérables.

Ce soir, il faut nous expliquer pourquoi vous maintenez ce que j’appelle une contre-réforme : ce n’est pas la modernisation du livret A, c’est assurément sa dénaturation. La logique, le bons sens, serait de retirer votre projet et d’attendre la décision du tribunal de Luxembourg. Sinon, votre gouvernement portera la responsabilité d’être le fossoyeur du livret A, auquel les Français sont si attachés. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine. – Exclamations sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire et du groupe Nouveau Centre.)

 

 

Par Marc DOLEZ - Publié dans : Travaux Assemblée Nationale
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Mercredi 4 juin 2008 3 04 /06 /Juin /2008 08:13

Après deux semaines de longs débats, l’Assemblée Nationale a adopté, le 3 juin, le projet de loi constitutionnelle dit de « modernisation de la Véme République ». Celui-ci ne sera définitivement adopté que s’il réunit la majorité des 3/5 au congrès du Parlement à Versailles, prévu en Juillet.

Résolument opposé à ce texte, Marc DOLEZ est intervenu à plusieurs reprises dans les débats. Ci-après ses principales interventions :

 

I – Sur l’évolution du régime et la nécessaire remise en cause de l’élection du Président de la République au suffrage universel.

 

L’article 2 vient compléter l’article 6 de la Constitution mais, hélas, sans le modifier sur le fond, comme l’ont fait les deux révisions de 1962 et de 2000.

Cet article majeur, qui définit le mode d’élection du Président et la durée de son mandat, pèse considérablement sur le fonctionnement de nos institutions et sur l’équilibre des pouvoirs. Le déséquilibre que nous déplorons était certes présent dès l’origine avec le parlementarisme rationalisé de 1958, mais il a été amplifié par la révision de 1962, avec l’élection du Président de la République au suffrage universel, et par l’instauration de ce que j’appellerai volontiers, à la suite de Jean-Marie Denquin, constitutionnaliste bien connu, une « monarchie aléatoire », laissant place à d’éventuelles cohabitations. Depuis la révision de 2000, il n’y a plus de cohabitations possibles et nous sommes passés à une nouvelle phase, l’hyperprésidentialisation du régime.

Les deux réformes de 1962 et 2000, j’y insiste, se sont faites sans que le Président de la République soit doté de nouveaux pouvoirs. Et nous touchons là une question cruciale, qui constitue la racine des maux de la 5ème République : le Président de la République, irresponsable politiquement, s’est arrogé des pouvoirs supplémentaires, au-delà de la lettre même de la Constitution. C’est la raison pour laquelle les propositions qui nous sont faites dans le cadre de la présente révision apparaissent bien dérisoires pour rééquilibrer les pouvoirs et rendre sa place au Parlement. (…)

J’ajoute, même si ma position, je le sais, est extrêmement minoritaire dans cet hémicycle, que je suis de ceux qui considèrent qu’il ne pourra rien se faire de significatif pour renouer avec un véritable régime parlementaire et refaire de l’élection des députés un rendez-vous électoral fondamental tant que l’élection du Président de la République au suffrage universel ne sera pas remise en cause. C’est un point de passage obligé. Nous ne le franchirons pas cette fois-ci, je le regrette, mais si nous voulons nous diriger vers un véritable régime parlementaire, à l’instar des autres démocraties européennes, au moins faut-il réaffirmer le rôle du Premier ministre. Cela implique le transfert de certaines prérogatives du Président au Premier ministre. Cela passe aussi par l’institution clairement établie de la responsabilité du Gouvernement devant le Parlement, un Gouvernement s’astreignant à obtenir systématiquement l’investiture du Parlement lors de sa constitution, ce qui justifierait également le transfert du droit de dissolution du Président au Premier ministre.

 

II – Pour demander le mandat unique des parlementaires.

 

Je déplore que l’article 10 du projet de loi, relatif à l’article 25 de la Constitution, ne traite pas de la question du cumul des mandats des parlementaires. Comment pouvons-nous discuter d’une révision constitutionnelle destinée à revaloriser le rôle du Parlement, à lui donner davantage de pouvoir, sans nous intéresser à la disponibilité des parlementaires ?(...)

Nous souhaitons que le Gouvernement prenne des initiatives en ce sens, de manière à suivre les recommandations extrêmement claires du comité Balladur sur le sujet. Qui peut nier que le cumul des mandats, qui s’est beaucoup développé en même temps que la décentralisation progressait, pèse lourdement sur l’organisation de nos travaux du fait que certains de nos collègues sont très occupés en dehors de notre assemblée ?

Si la semaine de travail parlementaire ne compte que trois jours, c’est évidemment pour leur permettre de remplir d’autre tâches que celles leur incombant en tant que députés. Lors de la dernière campagne des élections municipales et cantonales, le Parlement a suspendu ses travaux pendant sept semaines, ce qui correspond à une durée trois fois supérieure à celle de la campagne officielle. Comment ne pas y voir un encouragement à favoriser le cumul des mandats ?

Afin de vous convaincre de la nécessité d’apporter une réponse à ce problème, je vous rappelle le point de vue très clair d’un spécialiste faisant autorité en la matière, puisqu’il a présidé successivement la commission des lois de notre assemblée et le Conseil constitutionnel. Ainsi notre ancien collègue, Pierre Mazeaud, a déclaré : « J’ai toujours été opposé à cette exception française, et je n’envisage pas d’interdiction limitée. Tout cumul est contraire à l’esprit de la Constitution actuelle. Dans cette pratique du cumul des mandats, il y a une extrême confusion des genres. Je suis contre tout cumul, y compris un simple mandat d’adjoint ou même de conseiller municipal. Cette exception française est ridicule. »

Madame la garde des sceaux, faites-nous donc des propositions pour sortir du ridicule !

 

III – Sur l’indispensable réforme du Sénat.

 

« Lorsque la gauche perd tout, elle perd tout ; lorsque la droite perd tout, elle conserve le Sénat ». Cette observation du professeur Guy Carcassonne témoigne bien de l’anachronisme, de l’inégalité et de l’incohérence du mode d’élection des sénateurs. D’où l’urgence démocratique d’une réforme.

Comment imaginer que la modernisation des institutions (…) fasse l’impasse sur le Sénat, structurellement orienté à droite depuis un siècle et demi, devenu autiste et insensible aux évolutions de l’opinion, et mis à l’abri de toute alternance ?

Aux termes de l’article 24 de la Constitution, le Sénat a pour mission de représenter les collectivités territoriales. Mais il faudrait respecter également l’article 3, en particulier le principe d’égalité du suffrage. Or, ce n’est pas le cas aujourd’hui, le mode du scrutin privilégiant les zones rurales et les petites communes : il y a un délégué pour 800 habitants dans les communes de plus de 100 000 habitants, et un pour 300 dans celles de 1 000 habitants (…) Le mode de scrutin actuel ne correspond donc plus à la réalité démographique de notre pays. Bien que le Sénat participe à l’expression de la souveraineté nationale, qui appartient au peuple aux termes de l’article 3, le lien entre le Sénat et le peuple est pour le moins distendu (...)

En modifiant le mode de scrutin du Sénat, nous ne remettrons pas en cause l’équilibre de nos institutions, mais nous améliorerons la représentativité de la Haute Assemblée.

L’absence de représentativité est un dysfonctionnement qui ne lui permet pas de jouer pleinement son rôle : il appuie toujours la majorité gouvernementale quand elle est de droite, il l’entrave quand elle est de gauche. Comme l’observe Pascal Jan, professeur à l’IEP de Bordeaux, c’est une « trahison de l’esprit bicaméral ». Le Sénat doit se réformer. S’il ne le fait pas, il est certainement voué à disparaître un jour.

 

IV – A propos du contrôle du Parlement sur la construction européenne.

 

L’article 88, alinéa 4, de la Constitution est évidemment très important, puisqu’il concerne le contrôle du Parlement sur la construction européenne. A ce propos, je voudrais poser une question et énoncer deux propositions.

Ma question porte sur les textes que le Gouvernement soumet au Parlement, en vertu du premier paragraphe de l’article 88-4. Pourquoi, dans le projet de loi, la référence à tout document émanant des institutions de l’Union a-t-elle disparu ? Il s’agit manifestement d’un recul par rapport à la rédaction actuelle et même par rapport à l’avant-projet de loi, conforme aux recommandations du comité Balladur, qui prévoyait l’obligation de les soumettre, au même titre que les projets et les propositions d’acte. Or ces documents sont très importants : il s’agit des livres blancs et des livres verts de l’Union, ainsi que des nombreuses et importantes recommandations de la Commission et des projets de révision des traités. Je voudrais que vous nous expliquiez cette énigme, monsieur le rapporteur, d’autant que la référence à ces documents réapparaît dans le second paragraphe de l’article 88-4, qui traite du droit de résolution du Parlement. En clair, sur ces textes capitaux, c’est le Parlement qui doit être en alerte, le Gouvernement étant désormais dispensé de l’obligation de les lui transmettre.

J’en viens à mes deux propositions, qui donneraient leur pleine efficacité à notre contrôle et valoriseraient le rôle du Parlement.

Tout d’abord, lorsque l’Assemblée Nationale, devant laquelle le Gouvernement est responsable, adopterait à la majorité absolue une résolution, celle-ci devrait valoir mandat de négociation pour le Gouvernement auprès des autorités de Bruxelles.

Ensuite, puisque, dans la pratique, la plupart des directives européennes sont hélas transposées par voie d’ordonnance, je propose que, lorsque le Parlement adopte une résolution sur un projet d’acte qui comprend des dispositions de valeur législative, la transposition ne puisse pas être effectuée par voie d’ordonnance, mais intervienne obligatoirement par la procédure législative normale. Cela garantirait la pleine efficacité du contrôle parlementaire.

 

Par Marc DOLEZ - Publié dans : Travaux Assemblée Nationale
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Jeudi 29 mai 2008 4 29 /05 /Mai /2008 14:21

 

- Tribune libre publiée par L’HUMANITE du 29 Mai 2008 -

 

 

Alors que le débat sur les institutions s’achève en première lecture à l’Assemblée Nationale, des voix socialistes appellent toujours à donner « une chance à la réforme » voire à trouver le « compromis historique » avec la droite pour renforcer le pouvoir du Parlement.

Celles-ci méconnaîtraient-elles à ce point le système de la Vème République ?

Les causes de l’affaiblissement du Parlement sont en effet structurelles : le régime est déséquilibré depuis la révision de 1962 par le mode d’élection du Président de la République, un déséquilibre irrémédiablement accru par la double réforme de 2000/2001, quinquennat et inversion du calendrier, qui soumet désormais automatiquement l’élection des députés à celle du Président.

A cela s’ajoute la persistance du « fait majoritaire » qui rend totalement virtuelle la séparation des pouvoirs entre l’exécutif et le législatif puisque, sauf cohabitation désormais improbable, la même formation politique détient tous les leviers.

Face à cette logique infernale, les « avancées » en trompe-l’oeil de la réforme, comme le partage de l’ordre du jour, ne sont évidemment que peu de poids, faute de reconnaître un véritable rôle d’initiative et de contrôle à l’opposition parlementaire, quand elle ne sont pas potentiellement dangereuses avec, par exemple, le risque grave et réel d’affaiblissement du droit d’amendement des parlementaires.

Le comble est ici de présenter comme symbolique et sans réelle portée la possibilité pour le président de se rendre devant le Parlement, alors qu’elle induit un nouvel effacement d’un Premier ministre déjà ravalé au rang de collaborateur.

Le mal le plus flagrant de la Vème République réside en réalité dans l’irresponsabilité politique d’un Président qui s’est arrogé des pouvoirs bien au-delà de la lettre de la Constitution, aucune des révisions précitées ne lui ayant d’ailleurs accordé de prérogatives supplémentaires.

Pourquoi Nicolas Sarkozy a-t-il si facilement renoncé la modification des articles 5 et 20 de la Constitution pour inscrire dans le marbre que le Président gouverne ? Parce qu’il n’en a guère besoin, comme il le démontre chaque jour. « Une constitution, c’est un esprit, des institutions et une pratique », disait De Gaulle. La pratique, convenons en, aura tout bouleversé !

A vrai dire, pour rendre toute sa place au parlement et, à l’instar des autres démocraties européennes, refaire de l’élection des députés le rendez-vous électoral fondamental, il n’y a pas d’autre solution que de remettre en cause le principe même de l’élection du Président de la République au suffrage universel direct.

Sinon, et quels que soient les aménagements apportés, la logique d’une présidentielle, ouverte au populisme et à toutes les aventures, continuera à primer sur toute autre considération. Il en va de l’avenir même de la République !

Ceci étant, ceux qui sont indéfectiblement attachés au régime parlementaire et refusent l’impasse du régime présidentiel, savent que toute revalorisation réelle du Parlement suppose au moins l’affirmation du rôle du Premier Ministre et la restauration d’une véritable responsabilité politique. Ce n’est pas le cas de la réforme proposée, bien au contraire.

Dans ces conditions, les députés socialistes, élus en juin 2007 sur l’engagement d’instaurer une VIème République parlementaire, ne peuvent que s’y opposer résolument, sans l’hypocrisie d’un vote d’attente à l’Assemblée Nationale pour finalement dire oui au congrès de Versailles.

Approuver ou s’abstenir reviendrait en effet, une nouvelle fois après le précédent du traité de Lisbonne en février dernier, à donner le coup de main nécessaire à Sarkozy pour obtenir la majorité des 3/5.

 

 

 

 

Par Marc DOLEZ - Publié dans : Travaux Assemblée Nationale
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Mercredi 14 mai 2008 3 14 /05 /Mai /2008 14:13
 


Nous célébrons l’anniversaire de Mai 68.

Le temps n’est toutefois ni aux commémorations, ni à la nostalgie.

La planète s’est profondément transformée. Le capitalisme se fait toujours plus prédateur. Les émeutes de la faim sont le corollaire de l’enrichissement indécent d’une minorité de privilégiés. Les crises financières s’enchaînent et une catastrophe écologique se dessine. Bousculée par un nouveau totalitarisme de marché, la démocratie s’étiole.

C’est à la refondation d’une politique d’émancipation qu’il importe de s’atteler.

En France, le sarkozysme se heurte déjà à la résistance du pays. Dans les entreprises du secteur privé, dans les services publics, à l’école, d’amples mobilisations se font jour.

A quarante ans de distance, deux questions se reposent à nous : quelles perspectives offrir à la colère sociale ? Comment la volonté de changer radicalement l’ordre des choses peut-elle redonner majoritairement le ton à gauche ?

A cet égard, chacun hélas peut le constater, il manque toujours une force incarnant un projet alternatif.

Du côté de la majorité dirigeante du Parti socialiste, les volontés hégémoniques se confirment, et avec elles les tendances au renoncement social-libéral, inspirées des exemples de MM. Blair ou Prodi. Mais la gauche de transformation sociale et écologiste ne doit pas, elle, s’accommoder d’un statu quo qui lui interdit d’espérer changer en profondeur la donne politique.

La menace du bipartisme devient plus forte, avec son choix mortifère ramené à deux variantes de l’adaptation au libéralisme. Tout cela peut nous conduire à des désastres comme celui que vient de connaître la gauche italienne, incapable d’empêcher le retour de Berlusconi aux affaires et littéralement disloquée.

Les municipales et les cantonales viennent pourtant de prouver qu’il existe ici un espace comparable à celui révélé par Die Linke en Allemagne ou d’autres expériences similaires en Europe. Faute de convergence entre des traditions et des cultures jusqu’ici séparées, faute de prendre en compte l’apport des mouvements sociaux et citoyens ayant émergé depuis plusieurs années, le champ des possibles demeurera inévitablement limité : aucune force constituée ne peut rassembler autour d’elle seule.

Les échecs passés nous instruisent des difficultés de l’entreprise. Nous n’en restons pas moins convaincus que c’est le seul horizon porteur d’avenir.

Un cadre permanent pour faire front

Nous en appelons donc à l’affirmation d’une gauche enfin à gauche. Qui n’oublie plus la nécessité de redistribuer les richesses. Qui soit en phase avec les aspirations des salariés, avec ou sans papiers, des quartiers populaires, des jeunes. Qui conjugue urgence sociale, urgence démocratique et urgence écologique. Qui permette  au peuple d’exercer sa souveraineté dans tous les domaines. Qui place l’égalité entre hommes et femmes au cœur de son projet. Qui milite pour un nouveau mode de production et de consommation, soutenable et respectueux des équilibres écologiques. Qui promeuve la construction d’une autre Europe et de rapports de codéveloppement avec le Sud. Qui devienne, ce faisant, une véritable force.

Militants politiques, acteurs du mouvement social et culturel, nous pouvons dès à présent agir de façon coordonnée. Sans préalable sur les engagements des uns et des autres, construisons un cadre permanent qui nous permette, ensemble, nationalement et localement, de réfléchir aux moyens d’une vraie réponse politique aux attaques de la droite et du Medef et d’aborder les grands rendez-vous qui s’annoncent. D’ici l’été, que chacun et chacune se saisisse de cette proposition sur le terrain. Et retrouvons-nous à l’occasion d’un grand rendez-vous national en septembre, afin de prolonger ces échanges.

Premiers signataires :

Paul Ariès, Ariane Ascaride, François Asensi, Clémentine Autain, Christophe Barbillat, Francine Bavay, Hamida Bensadia, Pierre Bergougnioux, Jacques Bidet, Martine  Billard, Jean-Jacques Boislaroussie, Patrick Braouezec, Bernard Calabuig, Yves Contassot, Eric Coquerel, Emmanuelle Cosse, Thomas Coutrot, Claude Debons, Bernard Defaix, Marc Dolez, Annie Ernaux, Jean-Claude Gayssot, Jacques Généreux, Susan George, Dominique Grador, Robert Guediguian, Michel Husson, Raoul-Marc Jennar, François Labroille, Frédéric Lebaron, Jacques Lerichomme, Philippe Mangeot, Roger Martelli, François Maspero,  Gérard Mauger,  Marion Mazauric,  Daniel Mermet, Mohammed Mechmache, Philippe Meyrieu, Claude Michel, Yann Moulier-Boutang, Dominique Noguères, Michel Onfray, Christian Picquet, Christophe Ramaux, Yves Salesse, Denis Sieffert, Patrick Silberstein, Evelyne Sire-Marin, Emmanuel Terray, Rémy Toulouse, Marcel Trillat, Christophe Ventura, Marie-Pierre Vieu, Claire Villiers.

Appel publié par Politis le 15 Mai 2008

Pour le signer : www.appel-a-gauche.org

Par Marc DOLEZ - Publié dans : La gauche et le socialisme
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Vendredi 2 mai 2008 5 02 /05 /Mai /2008 16:45

Je désapprouve totalement l’initiative du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale, par la voix d’Arnaud Montebourg, de proposer à l’UMP un « compromis historique » sur les institutions, dans le cadre de la prochaine révision constitutionnelle.

Ce compromis, également qualifié de « bipartisan », ne pourrait en effet être obtenu qu’au double prix du ralliement à l’hyperprésidentialisation de la 5ème République et du renoncement à promouvoir une nouvelle République parlementaire.

Je demande instamment aux députés socialistes de refuser de faire en la matière la courte échelle à Sarkozy.

Par Marc DOLEZ - Publié dans : Politique intérieure
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Mercredi 30 avril 2008 3 30 /04 /Avr /2008 16:30


L’Assemblée Nationale a examiné, le 29 avril, un projet de loi relatif  aux archives, jugé particulièrement inquiétant par les historiens et les chercheurs.

Marc DOLEZ a expliqué son opposition au texte dans l’intervention ci-après.

 

Le projet de loi que nous examinons cet après-midi suscite, vous le savez, madame la ministre, une très vive inquiètude, pour ne pas dire la colère, des historiens et des chercheurs. Il s’agit d’un projet que l’un d’eux, le professeur Duclert, a qualifié de résolument obscurantiste, d’un projet qui, s’il était adopté, viendrait paralyser la recherche historique contemporaine et restreindre de façon arbitraire le droit d’accès des citoyens aux archives publiques contemporaines.

L’article 11 est au cœur de ce dispositif, dénoncé à juste titre, avec, en particulier, quatre dispositions relatives au régime de communication.

Il y a d’abord la création d’une catégorie d’archives incommunicables, création en contradiction  avec le principe même affirmé au début de l’article de la communication de plein droit des archives publiques. Elle me semble également inutile puisque les informations qui concernent la sécurité nationale ou qui peuvent compromettre la sécurité des personnes, sont déjà couvertes par des dispositions de l’article L.213-2.

La deuxième disposition inacceptable est l’instauration d’un nouveau délai de soixante-quinze ans pendant lequel les archives ne sont pas communicables, délai ainsi allongé de quinze ans au nom d’une conception inédite de la protection de la vie privée des personnes, conception que le rapport Braibant avait d’ailleurs déjà dénoncée en son temps.

Une telle disposition, si elle était validée, aurait pour effet de remettre en cause, par exemple, les études historiques sur les années trente et sur le régime de Vichy, puisque cela reviendrait à soumettre au privilège d’une dérogation l’étude de documents aujourd’hui librement accessibles.

La troisième disposition, tout à fait inquiétante, est l’aggravation des conditions permettant aux chercheurs d’utiliser les documents obtenus par dérogation, avec la demande faite au chercheur de justifier que ses travaux ne portent pas une atteinte excessive aux intérêts que la loi a entendu protéger. Que faudrait-il entendre par une telle formule ?

Enfin, la dernière disposition dénoncée de manière quasi unanime par les associations des usagers du service public des archives nationales en particulier, est l’extension du système des protocoles en vigueur pour les chefs d’État aux ministres. Cette extension offrirait à ces derniers jusqu’à leur décès la possibilité de traiter les archives publiques produites par leurs collaborateurs et par eux-mêmes comme des archives privées.

Voilà autant de raisons qui ne peuvent, en l’état actuel des choses, qu’entraîner une opposition résolue à ce texte. Notre position ne pourrait évoluer que si, sur chacun de ces points, il y avait un retour au texte antérieur.

Par Marc DOLEZ - Publié dans : Travaux Assemblée Nationale
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Mardi 22 avril 2008 2 22 /04 /Avr /2008 17:20

   
 Avec sa nouvelle déclaration de principes, le Parti Socialiste décide en fait de s’aligner définitivement sur une social-démocratie européenne qui a perdu depuis longtemps ses points de repères et dont la fragilité résulte de son ralliement au libéralisme économique et de son incapacité à définir un projet alternatif de transformation sociale.

En affirmant l’objectif « d’une économie sociale et écologique de marché », référence explicite au traité de Lisbonne, le Parti Socialiste renonce à la socialisation, même progressive, des moyens de production et d’échange, et donc à un autre mode d’organisation sociale.

Les socialistes fidèles à Jaurès ne sauraient ni accepter ce calamiteux renoncement, synonyme d’abandon des valeurs fondamentales du Socialisme ni cautionner, sous couvert de modernisation, l’officialisation de la dérive sociale-libérale.

Pour eux le capitalisme n’est pas un horizon indépassable et le Socialisme reste cette idée neuve pour l’égalité, l’émancipation sociale et la libération des peuples.

Le monde a certes beaucoup changé mais pas l’exploitation de l’homme et, devant les désastres engendrés par le capitalisme international et financier, rien n’est plus urgent aujourd’hui que de reconstruire une idéologie de rupture pour ouvrir une nouvelle voie.

C’est assurément la conviction de nombreux militants qui, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Parti Socialiste, considèrent que la construction d’une véritable alternative exige d’abord de retrouver l’authenticité socialiste.

 

 

Par Marc DOLEZ - Publié dans : La gauche et le socialisme
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